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Situation régionale des algues sargasses

Les risques pour la santé

Les risques pour la santé liés au dégagement d’hydrogène sulfuré (H2S) par la décomposition des algues sont documentés, en particulier dans le rapport de l’ANSES de juin 2011 (algues vertes) ou les conclusions du Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) de mars 2012 (algues sargasses).

 

Ces documents sont publics, consultables et issus de nombreuses recherches menées de par le monde, car d’autres régions ont connu un phénomène similaire comme la Bretagne ou les côtes américaines.

 

L’Agence Régionale de Santé de Martinique s’appuie sur ces expertises pour apprécier le niveau de risque sanitaire. Dans ces documents, il est précisé que le H2S est un gaz toxique, mais le niveau de toxicité est fonction de la dose respirée et de la durée d’exposition.

 

C’est d’abord un gaz irritant pour les muqueuses et les voies respiratoires et cela à des niveaux très bas (moins de 0.1 ppm). Au regard de cet effet pour la santé, les agences internationales  de santé ont proposé un seuil sanitaire (Valeur Toxicologique de Référence) à 0.07 ppm en exposition continue. Ce seuil sanitaire correspond au plus petit effet sur la santé observé (en anglais LOEL : Lowest Observed Effect Level). Son odeur caractéristique d’œuf pourri est également perçue à des niveaux très bas, environ 0.02 à 0.03 ppm.

 

En conséquence, à partir du moment où l’on ressent ce gaz, on dépasse la Valeur Toxicologique de Référence et on peut observer des effets sanitaires tels que des irritations oculaires ou respiratoires et des effets chez les personnes asthmatiques. Le ramassage des algues constitue donc une priorité, en particulier à proximité des secteurs d’habitation. Le HCSP recommande d’éviter l’accès des plages au grand public lorsqu’un niveau de 2 ppm est mesuré.

 

Lorsque les doses augmentent, d’autres effets peuvent s’observer.

 

Ainsi entre 50 et 200 ppm, les irritations des muqueuses oculaires ou respiratoires se traduisent par des photophobies, des conjonctivites, des rhinites, de l’enrouement, toux, douleur thoracique.

 

Des œdèmes pulmonaires sont décrits au-delà de 250 ppm et la forme la plus grave d’évanouissement est décrite à partir de 500 ppm, avec des décès possibles par arrêt cardiaque à des concentrations de l’ordre de 1 000 ppm (observé dans des espaces confinés tels que des égouts).

 

En matière d’exposition professionnelle, les seuils de 5 ppm en moyenne pondérée sur 8 h ou un seuil de 10 ppm pendant 15 minutes ont été fixés. Ces seuils correspondent à des seuils de précaution et comme le rappellent les rapports d’experts ne correspondent pas à des atteintes organiques ou fonctionnelles, réversibles ou irréversibles. Au-delà de ces seuils, il est nécessaire que le travailleur s’équipe de moyen de protection.

 

En d’autres termes, à partir du moment où le H2S est perçu (moins de 0.1 ppm), il existe un risque sanitaire (irritation des voies respiratoires et oculaires), mais ce risque est d’ampleur modérée et réversible. Avant d’observer des effets sanitaires plus graves, il faut atteindre des niveaux beaucoup plus élevés (plus de 100 ppm). On peut cependant considérer le seuil de 5 ppm en continu comme un seuil de vigilance, nécessitant des mesures au cas par cas si les algues ne peuvent pas être ramassées.

 

Les médecins sentinelles, régulièrement contactés, signalent à l’Agence Régionale de Santé recevoir en consultation des patients qui subissent les effets des algues en décomposition. Une surveillance spécifique a été mise en place récemment et en l’espace d’une semaine, environ 160 personnes ont consulté un médecin à cause des algues. Les symptômes décrits sont des maux de têtes, des irritations, des crises d’asthme. A ce jour, aucun cas grave, nécessitant une hospitalisation n’a été reporté à l’Agence Régionale de Santé, en relation avec les algues sargasses. Néanmoins les services sanitaires restent vigilants et analysent chaque signalement de cas graves pour lesquels cette cause est suspectée.

Les mesures de 2011

En 2011, une large campagne de mesures a été menée, puisque 878 analyses ont été réalisées à proximité immédiate des tas d’algues en décomposition (1m au dessus environ). 794 mesures (soit 90%) étaient inférieures à 1 ppm, 84 supérieures à 1 ppm dont 5 mesures supérieures à 5 ppm (0.5%). Le maximum mesuré était de 6 ppm.

 

Ces mesures étaient réalisées chaque fois que l’odeur était perceptible et correspondaient à la valeur maximale observée pendant la mesure et pas à la valeur moyenne. Ces mesures ont été réalisées par l’ARS, le SDIS ainsi que l’association de surveillance de la qualité de l’air Madininair et toutes allaient dans le même sens.

 

Le premier constat général était que le meilleur des capteurs est le nez humain, car il est bien plus sensible que les capteurs portatifs (seuil à 1 ppm, lorsque l’odorat perçoit entre 0.2 et 0.3 ppm).

Le second constat général est que l’on n’observe pas, même à proximité des algues, des niveaux de H2S pouvant atteindre des seuils de danger immédiat ou à court terme (situés à plus de 100 ppm).

 

Le troisième constat est que mesurer la présence de H2S avec des capteurs ne change rien aux actions à mettre en place pour supprimer le H2S. La priorité est l’enlèvement des algues. En effet, il faut retirer les algues avant qu’elles ne se décomposent et lorsque l’odeur est perçue de façon intense, il ne faut pas se mettre à proximité immédiate (directement sur le tas d’algues), d’où l’intérêt de déconseiller l’accès au public aux plages avec d’importants dépôts d’algues.

 

Lors des chantiers d’enlèvement d’algues, il faut également vérifier que les employés ne respirent pas plus de 5 ppm sur la durée ou 10 ppm en pointe.

 

Aux niveaux de H2S observés dans le cas de figure d’échouages d’algues, préconiser l’évacuation générale des populations constitue une mesure qui créé plus de risques pour la santé et la sécurité des personnes concernées ; elle n’est donc pas envisagée à ce stade.

La recrudescence des échouages : 2014-2015

En aout 2014, des mesures ponctuelles ont été réalisées par l’ARS de Martinique et n’ont pas mis en évidence de dépassement du seuil de 1 ppm. Les mesures ont été effectuées de façon plus rapprochée et systématique à partir du 25 septembre, à l’aide d’un capteur portatif. A la demande de l’ARS de Martinique, l’Association de surveillance de la qualité de l’air,  Madininair, a été mandatée pour réaliser des mesures fines au niveau d’établissements scolaires dans les communes impactées.  

 

Depuis juin 2015, les échouages d’algues sargasses sur le littoral se sont intensifiés et le ramassage et la collecte deviennent difficiles dans certaines zones très impactées, comme Le Robert, Le François et au Vauclin. Des mesures du H2S sont désormais réalisées quotidiennement par l’ARS et les Pompiers/SDIS (avec une précision de 0,2 ppm) sur le littoral atlantique et sont communiquées à la population via le site internet de l’ARS.

Recommandations

Lorsque les algues entrent en état de putréfaction, elles libèrent du H2S qui, en plus de gêne liée à son odeur nauséabonde provoque des effets sur la santé, du type irritation respiratoire ou oculaire. Il semble très improbable d’observer des effets sanitaires plus graves pour la population générale, sous réserve qu’elle ne soit pas en contact rapproché avec les algues.

 

L’enlèvement des algues reste la priorité et des précautions doivent être prises pour les personnes qui les manipulent pendant plusieurs heures.

 

L’ARS de Martinique recommande à nouveau les précautions suivantes :

  • Quitter les zones de bord de mer où les algues se sont accumulées,

  • Se tenir éloigné des chantiers d’enlèvement,

  • Eviter de manipuler les algues en décomposition,

  • Eviter la baignade et le contact avec les masses d’algues flottantes,

  • Pour les personnes sensibles (femmes enceintes, enfants en bas âge, personnes âgées, insuffisants respiratoires, asthmatiques, etc.), s’éloigner des zones où l’odeur d’œuf pourri (H2S) est perceptible,

  • Consulter un médecin en cas de symptômes irritatifs.